Les stratégies de renforcement des capacités d'action des femmes

De la dœpendance ö l'autonomie Même si un grand nombre d'organismes interviennent en faveur de la sécurité des femmes, tous n'adoptent pas la même approche dans leurs interventions. Si parfois elles sont complémentaires, en d'autres circonstances elles sont en opposition les unes avec les autres. Cela peut créer de la confusion chez les citoyennes qui reçoivent des messages contradictoires de la part des intervenants.

On peut distinguer deux grandes tendances dans les approches d'intervention :

  1. la sécurité par l'autonomie et la liberté;
  2. la sécurité par la dépendance et la restriction.

1. La sécurité par l'autonomie et la liberté : l'approche autonomiste

L'approche autonomiste, ou « d'empowerment », se fonde sur le droit des femmes à la liberté de choix et sur leur habileté à porter des jugements sur leur propre vie et à poser les gestes appropriés en fonction de leur expérience. Cette approche propose des outils de prévention plutôt que des suggestions limitatives. Les femmes peuvent ainsi choisir ce qu'elles désirent faire quant à leur sécurité, sans se sentir coupables de leur choix. Dans cette perspective, la responsabilité en matière de prévention des agressions revient à l'ensemble de la société et non seulement aux femmes.

Cette approche, fondée sur la reconnaissance des inégalités socio-économiques entre hommes et femmes, considère la violence faite aux femmes comme l'une des manifestations les plus flagrantes de ces inégalités. Elle reconnaît que l'insécurité ressentie par les femmes découle de cette violence et mise sur la responsabilisation des hommes comme un élément important pour mettre fin à la violence de genre.

Cette approche mise avant tout sur les forces et les capacités des femmes ( empowerment ), le développement de leur estime de soi, de leur mobilité et de leur autonomie, et ce dans le contexte d'une démarche collective. On y reconnaît également que la peur ressentie par les femmes est légitime; le sentiment d'insécurité des femmes constitue l'indicateur principal dans l'intervention. Les femmes sont les sujets et les actrices de l'intervention et donc parties prenantes de l'action. Les intervenants jouent un rôle de soutien, d'écoute et d'accompagnement des femmes dans leur démarche vers l'autonomie. Les conseils de prévention sont présentés par les intervenants comme des options et non des impératifs à suivre et les femmes sont invitées à trouver les solutions qui leur conviennent. L'approche autonomiste se démarque de l'approche traditionnelle dite "paternaliste" axée sur la dépendance et la restriction.

2. La sécurité par la dépendance et la restriction : l'approche paternaliste

Cette approche suggère le recours à la contrainte, la restriction de la mobilité, la protection d'un homme réel ou virtuel ou l'usage de systèmes de protection. La responsabilité des gestes à poser pour réduire l'insécurité revient aux femmes et les stratégies déployées visent le changement de croyances et de comportements de la part des femmes (contrôle de la victime). La validité de l'insécurité ressentie par les femmes n'est pas reconnue et les tenants de cette approche tenteront souvent de les convaincre qu'elles n'ont pas raison d'avoir peur. Cette approche fait des femmes l'objet d'une intervention dans laquelle les intervenants sont des experts qui connaissent mieux qu'elles la question de la sécurité et qui doivent les raisonner en leur présentant des statistiques sur les taux de crimes rapportés.

Cette approche est souvent à l'origine de «glissements» où l'origine de la peur (être victime d'une agression par un homme) est occultée et devient la peur de la rue, la peur du noir, etc. Les intervenants tentent de rassurer les femmes en leur donnant des consignes sur ce qu'il convient de faire ou de ne pas faire. Ils accordent peu de place à l'écoute et à la compréhension du phénomène de l'insécurité et de ses diverses manifestations. Enfin, ils jouent le rôle de protecteurs en proposant le recours à des solutions qui viennent de l'extérieur.

Cette approche est porteuse de ses propres contradictions puisqu'elle s'appuie sur un grand nombre de consignes de prévention (n'ouvrez pas à des étrangers ; faites-vous accompagner le soir) tout en tentant de convaincre les femmes qu'elles n'ont pas raison d'avoir peur.

Quelques enjeux

Mod™le global d'intervention Quelques enjeux rendent difficiles ce passage «de la dépendance à l'autonomie», tant pour les organisations que pour les femmes elles-mêmes :

  • les cultures des organisations et la formation des intervenants, particulièrement les organisations très hiérarchisées et qui ne sont pas sensibles aux différences de genre;
  • la persistance des mythes et des préjugés relatifs aux stéréotypes sexuels et à la responsabilité des femmes en matière d'agression;
  • la difficulté de saisir qu'il s'agit d'un mouvement de balancier entre la dépendance et l'autonomie et non d'un processus linéaire;
  • l'importance de respecter le choix de chaque femme tout en lui apportant du soutien;
  • les moyens pour aider les femmes à être plus conscientes du fait que les mesures qu'elles prennent pour répondre à leur insécurité peuvent restreindre l'exercice de leur droits et libertés;
  • le développement de pratiques nous assurant que les femmes soient «au centre de l'action», alors que les approches misant sur la dépendance à la protection sont prédominantes;
  • le financement nécessaire pour développer des contenus de formation et favoriser le partage des démarches entreprises dans les collectivités, tant à l'échelle locale, nationale, qu'internationale.

Qu'en pensez-vous ? Faites-nous part de votre expérience.

Comment définissez-vous votre approche d'intervention en fonction des deux modèles proposés ?

Avez-vous rencontré des difficultés avec vos partenaires à cause d'une divergence dans les approches utilisées ? Si oui, lesquelles ?

Quelles sont les stratégies, projets ou actions que vous avez réalisés et qui s'inscrivent dans l'approche autonomiste ?

Comment vous assurez-vous que les femmes soient partie prenante et assument le leadership de l'action ? Comment faites-vous pour que les intervenants jouent un rôle de soutien ?

Quels sont, dans votre contexte, les principaux obstacles à surmonter pour que l'ensemble des intervenants adoptent une approche de type autonomiste ?

Quels sont les facteurs favorisant l'adhésion des divers partenaires à une approche de type autonomiste ?

Avez-vous développé des programmes ou outils de sensibilisation et de formation visant à assurer la cohérence des interventions dans une approche misant sur le renforcement des capacités des femmes ? Si oui, décrivez.

Merci de compléter les fiches du répertoire.


Pour en savoir plus

Comité d'action femmes et sécurité urbaine (CAFSU). 2000. De la dépendance à l'autonomie : formation intersectorielle sur la sécurité des femmes. Montréal : CAFSU.

Heillig, L. 1995. An Analysis of the Effects of the Action Self-Defense Course for Women with regard to the Concept of Empowerment. Sherbrooke : Université de Sherbrooke (Thèse de maîtrise).

Michaud, Anne. 1999. De la dépendance à l'autonomie : jeu des messages de prévention. Montréal : Ville de Montréal (Programme Femmes et ville), p. 29.

Paquin, Sophie. 1996. Le sentiment d'insécurité des femmes en milieu urbain. Montréal : Ville de Montréal (Programme Femmes et ville).

 

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Dernière mise à jour : 28 novembre 2003