Pratique et recherche : des alliances nécessaires

Dans tout domaine exigeant une intervention des divers paliers de gouvernement, les connaissances que génère la recherche, devraient constituer l'un des éléments essentiels à la prise de décision. L'état des connaissances oriente les programmes de subventions ainsi que les actions de l'ensemble des intervenants publics et communautaires concernés.

Comme nous l'avons vu dans les méthodes d'enquête, en matière de sécurité urbaine, les diagnostics posés habituellement par les pouvoirs publics reposent souvent sur une lecture fort partielle de la réalité. La mise à jour des connaissances sur les effets de la violence de genre et de la peur des agressions sur le sentiment de sécurité des femmes exige d'avoir recours à de nouveaux outils de recherche permettant de saisir la réalité complexe des causes et des conséquences de l'insécurité.

Le recours aux enquêtes et sondages auprès des femmes elles-mêmes et la mise à contribution des groupes de femmes et des citoyennes à l'évaluation de la sécurité des lieux publics (marches exploratoires) s'ajoutent aux données statistiques disponibles et s'inscrivent dans un processus de démocratisation et d' empowerment .

C'est à cette connaissance plus fine de la réalité des citadines que la recherche peut contribuer lorsqu'elle prend part à l'action concertée des acteurs communautaires et publics mandatés pour accroître la sécurité et le sentiment de sécurité des femmes dans nos villes. Ces dynamiques de partenariat, dans lesquelles les citoyennes sont au centre de l'action plutôt qu'objet d'étude, s'inscrivent dans le courant mondial actuel de la «bonne gouvernance urbaine» axé sur la participation des citoyens à la mise en œuvre des solutions.

Pour les intervenants publics et communautaires actifs dans le domaine de la sécurité des femmes, la collaboration avec le milieu de la recherche permet notamment de développer une réflexion plus théorique sur la problématique et d'obtenir des données nombreuses et valides dans leur champ d'intervention, ce qui bonifie leur pratique.

Le développement d'un volet «connaissances» s'avère donc profitable aux divers milieux, à plusieurs égards. Le partenariat recherche/pratique permet entre autres :

  • aux organismes communautaires de réaliser des projets d'intervention mieux ciblés sur la réalité multidimensionnelle des femmes;
  • au milieu de la recherche d'être en lien avec les organismes qui travaillent directement avec la population;
  • aux responsables des politiques publiques, d'être alimentés par des résultats de recherche qui prennent en compte plusieurs aspects souvent méconnus et plus ciblés de la problématique;
  • aux femmes, de voir divers aspects de leur réalité pris en compte et reconnus publiquement. Ces alliances peuvent donc contribuer à trouver des solutions mieux ciblées.

Les multiples formes de l'alliance recherche/pratique

La collaboration des chercheurEs peut prendre plusieurs formes :

  • mettre en place des programmes de recherche qui favorisent la participation des groupes intervenant auprès des femmes et de la population en vue d'approfondir les connaissances ou de dépasser les modèles actuels;
  • développer des analyses critiques, réaliser des enquêtes par questionnaires ou par entrevues mener des sondages et des focus groups ;
  • développer des cours universitaires dans les domaines reliés à la problématique (criminologie, urbanisme, sciences politiques, etc.);
  • contribuer au développement des outils de formation pour les intervenantEs;
  • choisir le thème de la sécurité des femmes comme sujet de thèse;
  • documenter les «bonnes pratiques» des intervenantEs;
  • produire des études de cas sur des projets et des processus réalisés en partenariat;
  • assister les organismes dans le développement des outils et méthodes d'évaluation;
  • influencer les politiques institutionnelles et gouvernementales.

Les chercheurEs peuvent aussi en retirer certains bénéfices :

  • profiter des réseaux de diffusion des organismes pour faire connaître leurs recherches;
  • développer certaines problématiques et avenues nouvelles de recherche;
  • recruter plus facilement des sujets d'observation;
  • être éligibles à des programmes de subvention plus importants dont ceux qui s'adressent en priorité aux groupes communautaires et aux praticienNEs;
  • bénéficier de contrats en recherche, développement et évaluation.

Quelques enjeux

Les mandats et exigences propres aux organisations ne sont pas toujours compatibles avec ceux des chercheurEs . Par conséquent, il faut parfois faire face à des divergences et cultiver l'art du compromis pour en arriver à des situations qui soient à l'avantage de chacune des parties. On peut noter :

  • la nécessité de retombées immédiates pour les organismes qui doivent faire la preuve de la pertinence de leur intervention auprès des bailleurs de fonds;
  • la formation des étudiantEs qui répond mal aux exigences des organisations au plan de la production de documents accessibles, vulgarisés et synthétisés;
  • la difficulté de certains organismes à préciser leurs besoins;
  • l'importance des droits d'auteurs pour les chercheurEs;
  • le temps limité consacré à la diffusion de l'information qui pose des choix souvent difficiles aux chercheurEs entre les publications et colloques scientifiques ou la vulgarisation et les réunions d'information pour la population ou les organismes;
  • une façon distincte d'envisager la confidentialité des données et des résultats.

Quant à la recherche de fonds , elle mobilise beaucoup de ressources pour plusieurs intervenants et elle s'effectue auprès de bailleurs de fonds qui ne sont pas toujours familiers avec les organismes demandeurs ou avec leur action. Cette méconnaissance nuit à une allocation efficace des deniers publics et privés consacrés à la question. De là l'importance de prévoir formellement, dans un projet recherche/pratique, du temps et les budgets nécessaires pour permettre aux partenaires de se familiariser avec un nouveau mode de fonctionnement commun et de clarifier les approches de chacunE.

Qu'en pensez-vous ? Faites-nous part de votre expérience.

  • Selon vous, quels sont les avantages et intérêts d'une alliance entre la recherche et la pratique dans la mise en œuvre des actions en sécurité urbaine ?
  • Quels sont les bénéfices que vous avez retirés d'une telle collaboration (spécifiez votre domaine d'intervention) ?
  • Quelles sont les contraintes auxquelles vous avez dû faire face ?
  • Quels ont été les éléments facilitateurs et les principales résistances que vous avez rencontrés ?
  • Comment le partenariat recherche/pratique peut-il contribuer à renforcer les capacités d'action des femmes et à assurer leur participation à l'élaboration des diagnostics et des solutions ?
  • Comment pouvons-nous nous assurer que les réalités des femmes qui subissent de multiples discriminations soient représentées, tant dans les études que dans les actions sur le terrain ?

Merci de compléter les fiches du répertoire.

 

 

 

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Dernière mise à jour : 28 novembre 2003