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Exposé
L'exposé de Madame Sanchez-Hurtado porte
sur la mobilisation des femmes dans un projet de logement social
à Lima au Pérou. À la suite de la démolition
d'une zone de taudis -décision prise par la communauté-,
les femmes, regroupées dans une micro-entreprise ont réuni
les matériaux, maîtrisé l'utilisation du béton
et appris les techniques permettant la construction sur deux ou
trois étages. Il était en effet important de pouvoir
accroître suffisamment la superficie des habitations pour
contrer la promiscuité qui peut conduire à l'inceste.
Cette mobilisation des femmes a débouché
sur de meilleures conditions de vie, une meilleure coordination
de leur action, une plus grande sécurité dans les
espaces publics et une amélioration des capacités
institutionnelles. L'expérience a permis une intégration
du social, de l'économique, de l'environnemental et du culturel.
Il faut surtout, dans ce type de mobilisation,
mettre l'accent sur l'organisation de la population, sur sa participation
aux prises de décision, sur l'acquisition de la propriété
du sol et sur l'approbation du plan d'implantation.
Questions
Une participante du Cameroun s'interroge sur la
possibilité pour les femmes, dans le cadre de ce programme,
d'acquérir une maison, du crédit, un droit de propriété,
etc. Mme Sanchez-Hurtado rappelle que les femmes participantes ont
formé une micro-entreprise et qu'elles ont été
sélectionnées pour la construction de maisons. Elles
ont une hypothèque de 5 ans et remboursent à raison
d'un peu plus du quart du salaire minimum. La vente de matériaux
de construction de la micro-entreprise contribue au soutien de la
famille.
Quant à la propriété du sol,
elle est acquise par le don qu'en fait la ville de Lima. Le programme,
signale-t-on, est destiné aux classes moyennes; il n'existe
aucun programme pour les pauvres.
Échanges
À San Salvador, le projet de construction
de logements est né de décisions politiques au niveau
municipal. Grâce a un budget participatif, les femmes ont
pu s'impliquer non seulement quant à la construction elle-même,
mais aussi quant au développement social (projets d'éducation
sur la violence en milieu familial, sensibilisation à toute
forme de violence, etc.). La construction était gérée
par les femmes, avec l'aide des enfants. Devenues propriétaires,
les femmes ont vu le comportement des hommes changer. À San
Salvador, la courte durée des mandats gouvernementaux (3
ans) fait cependant problème. Il y a manque de continuité
dans l'établissement et la réalisation des plans de
travail. Il est souhaité qu'on mette en place un cadre de
citoyens "forts" pour éviter ce bris de continuité.
En Bolivie, il y a de l'insécurité
même à domicile. En conséquence du régime
dictatorial antérieur, presque tous ont des armes, acquises
pour combattre la dictature.
Au Costa Rica, le problème du logement social
gravite autour de la qualité. Il y a détérioration
rapide, en raison de problèmes d'organisation. Les gens quittent
ces logements au lieu de se mobiliser.
En Martinique, il faut agir surtout sur la violence
faite aux femmes et sur l'espace communautaire. Les femmes ont de
la difficulté à s'approprier l'espace public (parce
qu'il n'y a pas de femmes maires et très peu d'adjointes).
La législation française est certes en retard, mais
il y a aussi des problèmes de mentalité. Les propositions
des femmes sont mal reçues, surtout dans l'administration
municipale. Il est difficile de mobiliser les énergies.
Au Cameroun, les femmes se sentent insécures.
Elles n'ont pas le droit d'hériter. Les banques ne leur donnent
pas de crédit. Une expérience de mobilisation : les
tontines , des femmes commerçantes qui peuvent faire
valoir leurs préoccupations.
Il y a des différences entre les pays, mais
les réalités sont fondamentalement les mêmes.
En bref, il s'avère que la mobilisation des femmes est plus
facile quand il y a une forte tradition d'entraide, comme au Pérou.
Recommandations
AUX FEMMES
1) Assurer aux femmes une formation qui leur
donne les moyens d'occuper pleinement la place qui leur est proposée
dans les différentes instances.
2) Utiliser le porte-à-porte pour favoriser
la discussion au niveau local.
AUX GROUPES COMMUNAUTAIRES
Former les femmes participantes à la dimension
"genre".
AUX VILLES ET MUNICIPALITÉS
Garantir la propriété privée
des femmes pour les encourager à l'autosuffisance et leur
assurer une participation à la construction de logements.
AUX GOUVERNEMENTS
1) Modifier, s'il y a lieu, les législations
pour que les femmes, autant que les hommes, puissent hériter
de la propriété foncière.
2) S'assurer, par des mécanismes appropriés,
de la continuité dans les programmes, même si les gouvernements
changent.
3) Exercer un contrôle sur les armes pour
éviter qu'elles ne deviennent des instruments de violence
contre les femmes.
4) Favoriser l'accès des femmes à
des postes clés dans l'administration publique.
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