Le rôle des hommes


Conférencière:
Greta Nemiroff
Animatrice: Aurélie Lebrun
Secrétaire: Pierre Loïc Chambon



Exposé

Madame Greta Nemiroff s'interroge sur le rôle des hommes par rapport à la violence. Pourquoi, se demande-t-elle, trouve-t-on la violence chez les hommes et non chez les femmes? Selon une analyse existentialiste, la violence est innée et l'on ne peut rien y changer. En se situant dans une perspective historique et anthropologique, certains pensent qu'il s'agit d'un caractère acquis. Les hommes du passé devaient chasser et être en concurrence avec les autres, d'où leur propension à des comportements violents. Madame Nemiroff n'apprécie guère ces explications qui légitiment la violence des hommes.

Une autre analyse fait de la violence une construction sociale ; la violence tient à la culture. Les hommes profitent de leur violence ; leur pouvoir est axé sur la menace. Nombre de femmes vivent leur relation avec les hommes sous la menace. Les garçons construisent leur masculinité à travers des jeux, puis dans les " exploits " de l'adolescence : il faut devenir invincible et invulnérable. L'exercice de la violence est central dans la conservation de l'ordre et de la structure hiérarchique du pouvoir. Le système patriarcal est perpétué grâce à la violence. On peut donc remédier à la situation par l'éducation, la formation des parents, la loi et en utilisant les médias. Si les hommes perdent le pouvoir résultant de la violence, comment seront-ils compensés ? On peut être un peu pessimiste à cet égard. On devrait cependant faire plus d'études sur les hommes non violents. Par ailleurs, les femmes devraient se demander jusqu'où va leur complicité dans la violence des hommes.


Échanges

Comment rejoindre les hommes ? Comment leur faire comprendre ? Il faut du concret, par exemple : Comment protéger nos filles ? Les hommes souffrent de la violence, mais ils ne voient pas le problème en termes de genre. Ils ne se posent pas les mêmes questions que les femmes car on n'a jamais vu un groupe laisser tomber spontanément le pouvoir. Il n'est pas facile de faire de la violence faite aux femmes un problème d'hommes.

Faut-il une structure d'aide pour les hommes victimes de violence ? Femmes et sécurité urbaine est un comité mixte. Le problème de la violence est un problème à deux genres. Toutefois, les intervenants masculins se sentent mis à l'écart dans certaines démarches. Il y a peu d'hommes au présent séminaire. On souligne que les hommes ont honte et qu'ils ont peur des hommes plus violents qu'eux.

L'expérience africaine est quelque peu différente. Dans une société patriarcale, le rôle des hommes est complexe, car les liens entre hommes et femmes sont de type hiérarchique. Dans le cadre du projet Villes plus sûres à Yaoundé, on a mis en place des comités locaux de prévention de la violence et des sous-comités pour la violence faite aux femmes. On a essayé d'y insérer des hommes, mais en vain. Il est de plus difficile d'identifier les personnes qui font violence aux femmes et d'intervenir sur ces personnes. À Yaoundé, une pétition est en cours, dans le dessein de faire connaître la violence faite aux femmes. Il s'agit de mettre la violence faite aux femmes sur la place publique. Il est souligné qu'il faut aussi travailler avec la police.

Autre exemple : une ONG a mis au point un répertoire des femmes violentées, en mettant à contribution les chefs de quartier qui constituent l'autorité traditionnelle. Les hommes violents doivent les voir et, en cas de récidive, les policiers interviennent, puis les tribunaux. C'est une bonne idée, souligne-t-on de se servir des hommes pour convaincre les autres hommes.

"According to an english-speaking member of the roundtable, there are four types of men : " the man who just can't ; the man with two faces ; the man --the pilot-- who wants to control everything ; the real man, who has a heart and is ready to co-operate with women. Men and women may become enemies, but they may form a team. Young boys must be concerned by prevention very soon."


Recommandations

AUX FEMMES :

Laisser les rares hommes conscientisés par ce problème s'exprimer sans en faire des accusés, et prendre leur place dans les interventions communautaires.

AUX HOMMES :

1) Sensibiliser les hommes au phénomène de la violence là où c'est encore tabou et obtenir de leur part un engagement : celui de n'user d'aucune violence envers les femmes ou d'intervenir lorsqu'ils sont témoins d'une situation de violence envers une femme. Il peut même s'agir d'un véritable contrat ; cela a un impact en Afrique.

2) Conscientiser les hommes à l'approche de genre et à leur implication en tant qu'homme dans le phénomène de la violence (la violence est une dimension de l'identité masculine); les convaincre de participer aux groupes de discussion.

3) Encourager les hommes qui sont déjà sensibilisés au problème de la violence contre les femmes et leur faire une place dans les instances communautaires.

4) Impliquer les hommes : que les hommes parlent aux hommes, fassent prendre conscience aux autres hommes de la violence faite aux femmes. Ces hommes d'influence doivent être des hommes de la communauté, des hommes de pouvoir, en particulier dans les sociétés traditionnelles.

5) Les premiers visés par ces démarches de sensibilisations doivent être les hommes violents, bien sûr, mais aussi les hommes qui ont une position difficile dans la société (chômage, alcoolisme).

6) Donner aux hommes des poste-clés dans des instances communautaires travaillant la violence faite aux femmes.

AUX SERVICES DE POLICE :

Encourager les hommes policiers à intervenir en cas de violence faite aux femmes.

AUX ÉCOLES :

Travailler sur l'éducation des garçons et arrêter d'apprendre la violence aux garçons.

 


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Dernière mise à jour : 28 novembre 2003