Les marches exploratoires, et après?


Conférencière :
Marylène Lieber
Animatrice : Chantal Ringuet
Secrétaire : Michela Cornetto

 

Exposé

L’exposé de Madame Marylène Lieber propose une analyse de l’utilisation des marches exploratoires à Paris. Elle y présente, dans un premier temps, le contexte particulier dans lequel elles ont été projetées, puis réalisées. En France, les politiques de sécurité sont conçues en termes neutres ; la violence envers les femmes n’est généralement pas l’objet d’une attention spécifique de la part des services publics. Les politiques de sécurité ignorent la dimension de genre (v. g. les statistiques policières ne sont pas ventilées selon le sexe des victimes). Les instances municipales se sont féminisées, mais les politiques publiques restent neutres, conformément à la tradition républicaine qui tient pour suspect tout particularisme. Paris fait exception depuis l’élection en mars 2001 d’un maire socialiste qui tente d’intégrer dans la politique municipale la question de la violence envers les femmes et qui a proposé la mise en place de marches exploratoires.

Deux arrondissements ont y ont donné suite: le 12e, relativement calme et bourgeois, dont les quartiers périphériques sont cependant considérés comme problématiques ; le 19e, arrondissement populaire, en mutation par l’arrivée de personnes des classes moyennes, voire aisées. Dans les deux cas, les marches ont été organisées par des élues. Ces marches, dont l’exposé présente le déroulement, se sont avérées marginales, car elles étaient peu connues. De plus, leur suivi s’est avéré plus ou moins satisfaisant. Les élues qui en étaient les instigatrices étaient dans une logique de compétition et échangeaient peu.

Dans le 12e arrondissement, l’institutionnalisation des marches exploratoires se fait au détriment de la «centralité» des femmes dans l’action. Dans le 19e, les femmes restent au centre de l’action, mais les marches ne sont pas prises en considération par la municipalité. Néanmoins, elles permettent peut-être à certaines femmes d’occuper l’espace public.


Échanges

Après quelques clarifications apportées par la conférencière à la demande de participantes à la table ronde, la discussion s’est engagée autour des difficultés relatives à la mise en place des marches exploratoires dans divers pays. L’une des premières difficultés a trait à la participation de divers groupes de femmes dans la communauté (milieux favorisés ou défavorisés; aînées, handicapées, etc.). De plus, il est ressorti des échanges qu’une difficulté majeure des marches exploratoires en était le suivi.

En Amérique du Nord, il semble que les marches exploratoires fonctionnent beaucoup mieux qu’en Europe, en Amérique latine, en Afrique et en Asie, comme l’ont démontré les témoignages des participantes provenant de ces diverses régions. Dans plusieurs pays, la question de la sécurité des femmes demeure un tabou, au point où le discours social l’évince presque complètement. C’est un écueil de taille auquel se heurtent les organisateurs des marches exploratoires. À ce sujet, il a été dit que les diverses communautés devraient trouver des moyens pour sensibiliser la population, les médias et les gouvernements face à la sécurité des femmes dans le monde.

Le partenariat entre divers organismes communautaires devrait promouvoir les marches exploratoires. De plus, comme le sentiment de la peur demeure refoulé tant chez les hommes que chez les femmes, l’on a soulevé la nécessité de développer des moyens pour mobiliser les femmes face à la peur et des moyens permettant aux hommes de prendre davantage conscience de cette réalité (la violence faite aux femmes).

Les moyens n’ont pas été élaborés explicitement lors de la discussion en raison du problème de la diversité culturelle à laquelle nous sommes confrontés. En fait, chaque culture devrait s’efforcer de trouver des moyens à cet effet, tout en tenant compte du fait que les mœurs ne changent pas du jour au lendemain et qu’il faudra donc être patient pour obtenir des résultats satisfaisants ailleurs qu’en Amérique du Nord.

Il a aussi été question de sensibiliser les jeunes filles très tôt face à la violence faite aux femmes dans le monde. À cet égard, les écoles devraient insister sur la nécessité de transmettre aux élèves des informations pertinentes lors de périodes de cours spécifiques – et, peut-être, des journées thématiques.


Recommandations

1) Clarifier les objectifs des marches exploratoires. S’agit-il, par exemple, de promouvoir l’autonomie des femmes ou, plus généralement de diminuer le sentiment d’insécurité dans les villes ?

2) Inviter les chercheurs à réaliser des études pertinentes sur l’importance des marches exploratoires dans le monde (études comparatives, études statistiques, etc.).

3) Inviter les gouvernements à mettre en place des programmes et des projets dans la foulée des marches exploratoires, et d’y attacher les ressources financières appropriées.

4) Sensibiliser les jeunes filles très tôt à la violence faite aux femmes dans le monde et au rôle des marches exploratoires comme moyen d’intervention.

5) Susciter au plan international un nombre accru de projets et de programmes quant au partage de l’expérience des marches exploratoires.

 


Programme du jour 1 pm

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Dernière mise à jour : 28 novembre 2003