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Plénière I : Du national au local
- Intégrer l'approche de genre à la prévention du
crime
Panélistes :
Anne Michaud [A.M.]
Barbara Hall [B. H.]
Margaret Shaw [M. S.]
Soraya Smaoun [S. S.]
Question/commentaire no. 1
[Équateur] Avez-vous l'expérience
de l'élaboration d'indicateurs des causes et des effets de la violence
en milieu urbain ? Quels sont les indicateurs connus ? Y a-t-il des différences
hommes/femmes ? Cette information et de telles données pourraient
nous aider à concevoir des stratégies d'intervention appropriées.
Réactions no. 1
[B.H.] : Nous n'avons pas fait de travail explicite pour documenter
l'impact de la violence en milieu urbain en comparant les hommes et
les femmes. Toutefois, nous offrons du soutien aux projets visant les
filles et les fillettes. Nous savons que certains facteurs expliquent
les comportements violents des garçons à l'égard
des filles. Par exemple, les projets Earl's Court et un autre,
menés à l'Université de Colombie-Britannique, ont
examiné cette question.
[M.S.] : Il existe des recherches en provenance du Royaume-Uni,
tels les travaux du groupe STACO , et du Canada, comme les travaux
de Cormack en Colombie-Britannique. Dans toutes les recherches toutefois,
il y a une controverse entourant les mesures utilisées et la
méthodologie pour documenter les impacts de la violence.
Question/commentaire no. 2
[Chili] Au Chili, nous travaillons surtout sur la question de la violence
conjugale. À entendre ce qui se fait ailleurs, je crois que nous
sommes restés dans les années 1970
Enfin, nos données
indiquent que les femmes vivent beaucoup de violence conjugale, plus que
de violence dans les sphères publiques. Quels liens voyez-vous
entre la violence privée et la violence publique ? Et comment envisagez-vous
le rapport entre les problèmes liés à la drogue,
c'est-à-dire l'emprise du milieu de la drogue sur les villes, et
la peur et la violence que ressentent et vivent les femmes ?
Réactions no. 2
[B.H.] : Au Canada, plusieurs groupes travaillent auprès
des enfants qui ont été témoins de violence familiale,
afin de briser le cycle de la violence qui est très fort. Par
exemple, nous savons que les filles dont les mères ont subi la
violence conjugale sont plus susceptibles d'être victimes de violence
à leur tour; les garçons, témoins de violence familiale,
sont plus susceptibles d'être violents. Le fait d'être
témoin de violence familiale à un jeune âge est
un indicateur important. Il est nécessaire d'offrir de nouveaux
modèles aux enfants et aux jeunes, afin de réduire l'impact
de cet indicateur. Pour plus d'information, voir le site Internet
de la Stratégie nationale sur la sécurité communautaire
et la prévention du crime . [http://www.prevention.gc.ca/index.html].
[A.M.] : La violence faite aux femmes se situe sur un continuum allant
du privé au public. L'insécurité des femmes découle
de toutes ces formes de violence, qu'elles soient commises par un homme
connu ou inconnu. Par exemple, une femme violentée chez elle
se sentira-t-elle plus en sécurité lorsqu'elle sort dans
la rue ? Pas vraiment. La coupure entre le privé et le public
est une fausse coupure. On doit regarder l'impact global de toutes ces
violences sur la mobilité des femmes, leur sentiment de sécurité,
etc.
[S.S.] : Oui, il s'agit d'un continuum de violence. Nous avons besoin
de documenter ce continuum par des enquêtes qualitatives et des
enquêtes de victimisation. Les données recueillies
nous aideront à mieux connaître ces réalités
et à mieux agir face aux facteurs impliqués, tant dans
la sphère privée que dans la sphère publique.
Question/commentaire no. 3
[Pérou] : Au Pérou, les statistiques permettent de recueillir
des données sur la violence faite aux femmes, sur la violence et
la spécificité selon le genre. Il y a eu des percées
dans ces compilations statistiques. Par exemple, nous savons que la violence
prend plusieurs formes et affecte différents groupes de femmes.
Les facteurs culturels, tels que la vie en milieu rural ou l'appartenance
à une communauté ethnoculturelle, jouent beaucoup dans le
degré d'acceptation et dans la normalisation de la violence. Un
sondage a révélé les éléments suivants
: la violence augmente ; la violence touche à la fois les femmes
pauvres et les femmes aisées ; les femmes dénoncent de plus
en plus la violence subie ; il est difficile pour les femmes de porter
plainte contre leurs agresseurs, parce qu'elles ont peur des représailles
et que les sanctions imposées aux agresseurs sont trop légères,
voire minimes.
Réactions no. 3
[A.M.] : Dans votre enquête, avez-vous prévu intégrer
des questions touchant l'impact de ces violences sur le sentiment d'insécurité
des femmes ?
[Pérou] : Nous sommes en train de développer des indicateurs,
mais l'enquête porte sur la violence contre la femme (en général).
[M.S.] : Une enquête internationale sur la violence envers les
femmes est actuellement en cours. Cette recherche vise à identifier
la crainte qu'ont les femmes, en lien avec leurs expériences
face au crime. Pour accompagner les répondantes de l'enquête
dans le processus visant à nommer la violence, la recherche a
identifié une personne-ressource qui agit comme facilitatrice
de ce processus. Ceci est un excellent modèle. De plus, les statistiques
utilisées peuvent venir de sources très variées.
Outre les informations recueillies auprès des femmes elles-mêmes,
on compile les données provenant des hôpitaux, des refuges
pour femmes violentées, des professionnels de la santé,
etc.
Question/commentaire no. 4
[Milieu syndical, Montréal] : Sachant que les femmes éprouvent
déjà des difficultés à dénoncer les
mauvaises conditions de travail et le harcèlement sexuel, comment
pouvons-nous sensibiliser les grandes entreprises aux problèmes
de la violence ?
Réactions no. 4
[B.H.] : Qu'elles soient clientes ou employées, les femmes doivent
parler de la violence. Il faut trouver des moyens et des mécanismes
de réparation (compensation, poursuite judiciaire, etc.) contre
les grandes entreprises qui contribuent au climat de violence et d'insécurité.
Par exemple, dans le cas d'un propriétaire d'immeubles où
il n'y a pas suffisamment d'éclairage
On doit pouvoir
avoir un recours juridique, de l'éducation et de la sensibilisation,
ainsi que plus de femmes sur les conseils d'administration des grandes
entreprises. Tous ces moyens aideraient beaucoup.
[A.M.] : Au Québec, il existe une loi sur la «santé
et sécurité au travail ». Nous devons y intégrer
la question de la sécurité des femmes. Par exemple, dans
le cadre de marches exploratoires sur la rue Laurier, à Montréal,
on a pu identifier un guichet automatique dont l'emplacement n'était
pas sécuritaire pour les femmes. Après avoir fait connaître
nos préoccupations, les propriétaires ont installé
un mur vitré permettant une meilleure visibilité de ce
qui se passe au guichet, à la vue des passants, et nous avons
proposé que le téléphone qui, sur place, sert aux
transactions bancaires, puisse être utilisé comme moyen
de communication pour les urgences. Il faut plus de concertation
et de partenariat avec les entreprises.
Question/commentaire no. 5
[ONG, Colombie-Britannique] : Merci d'avoir souligné
l'écart qui existe entre les stratégies nationales et les
réalités locales. Il faut inclure la sécurité
des femmes et des filles dans la Stratégie nationale
Cette
inclusion permettrait aux groupes locaux d'avoir un meilleur accès
au financement. À l'heure actuelle, c'est très difficile
d'avoir l'encadrement financier pour notre projet en Colombie-Britannique
Réaction no. 5
[M.S.] Le CIPC doit intégrer l'approche de genre dans son
mandat. Pour le moment, l'organisme a souhaité rester neutre
tout en acceptant de se pencher sur la différence des sexes.
Si l'approche du genre est inscrite au mandat, ce sera mieux.
Question/commentaire no. 6
[Costa Rica] : Il est important de tisser des liens. Au Costa Rica, nous
aurons une rencontre féministe à la fin de 2002, afin d'intégrer
les divers axes de la violence faite aux femmes. Nous souhaitons intégrer
ces préoccupations dans toutes les politiques publiques. Ce faisant,
il sera nettement plus facile d'avoir du financement pour des projets
qui vont dans ce sens, et de dénoncer la violence politique. Ma
question porte sur l'intégration du concept de " fémicide
", afin de typifier la problématique du genre dans la loi.
Que pensez-vous de ce mot : fémicide? (par analogie à homicide).
Réactions. 6
[B.H.] : Je réfléchis. Je n'utilise pas ce mot.
[M.S.] : Je l'ai déjà utilisé. Le mot est utile
pour aider les gens à réaliser la spécificité
des meurtres commis sur des femmes; par exemple, le nombre de femmes
tuées en général (moins que les hommes), et de
celles qui le sont par des proches ou des personnes qu'elles connaissent
(plus que les hommes).
Question/commentaire no. 7
[Afrique du Sud] : D'abord, félicitations au comité organisateur
d'avoir invité les hommes à participer à la prise
de décision sur des questions féminines. Ma question porte
sur les approches traditionnelles telles que vécues en Afrique
du Sud. Comment intégrez-vous les chefs de clan et autres approches
traditionnelles du leadership dans
les stratégies ?
Réactions. 7
[A.M.] : Cette question sera abordée cet après-midi et
demain dans le cadre des thèmes d' empowerment
et de leadership local.
Question/commentaire no. 8
[Conseil international des femmes] : Le nombre de personnes âgées
augmente. Avez-vous des données sur la violence et la sécurité
au sein de ces populations ? Je sais qu'il y a un programme en Australie,
pouvez-vous en donner les détails ?
Réactions.
8
[B.H.] : Les données canadiennes en matière de sévices
contre les personnes âgées ( Elder abuse ) montrent
que les femmes âgées vivent la violence à la maison,
dans leur couple et en institution. Il faudrait former les femmes âgées
à réduire leur vulnérabilité à la
violence et mieux connaître l'analyse différenciée
selon le sexe dans ce groupe d'âge. Par exemple, on dit aux femmes
âgées de cacher leur sac à main, mais on ne sait
pas si les hommes âgés courent aussi des risques d'être
victimisés.
[M.S.] : Il faut voir l'information sur le site Internet du C.I.P.C.
[http://www.crime-prevention-intl.org/].
Question/commentaire no. 9
[Ville de San Salvador] : Le tremblement de terre a beaucoup retardé
l'économie municipale et a miné le sentiment de sécurité
de tous. On sait que 35 % des femmes sont chef de foyer et que le tremblement
de terre les a beaucoup ébranlées (sic). Il y a féminisation
de la pauvreté. Nous avons créé des stratégies
pour intégrer la participation des citoyennes au développement
de la municipalité. Il faut tisser des liens pour améliorer
la qualité de vie et le développement humain, mais la politique
nationale n'est pas sensible aux réalités municipales. Nous
en sommes maintenant à repenser les liens entre les politiques
publiques, la politique sociale et économique, la violence conjugale
ou privée, et le machisme. Notre préoccupation pour la violence
faite aux femmes attaque les fondements du machisme dans notre société
et nous rencontrons beaucoup d'obstacles à ce niveau. Rappelons
que c'est la loi du machisme qui impose aux femmes la dépendance
économique et qui empêche la dénonciation de la violence.

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