La sécurité, ça nous tient à cœur

Sylvie Gendron
Animatrice et intervenante, Maison des femmes de Rimouski, Rimouski, Québec, Canada


Résumé

C'est dans la foulée de la conférence «J'accuse la peur» tenue à Montréal en 1992 que fut lancé le programme du Développement québécois de la sécurité des femmes en milieu urbain ««Aux portes des cités sûres»» . Rimouski, ville située dans le Bas St-Laurent au Québec a adhéré à ce programme. Un comité formé de représentantEs de la municipalité, d'intervenantes de groupes de femmes et d'organismes communautaires a mis en place un événement majeur de sensibilisation au sentiment d'insécurité que vivent les femmes en vue de l'élaboration de mesures concrètes et continues. Le conseil municipal de Rimouski a créé officiellement en 1994 le comité permanent de la sécurité des femmes en milieu urbain. En 1997, une marche exploratoire a permis d'identifier les sites dangereux. Des recommandations au conseil municipal de Rimouski ont mené à des améliorations.

En 1998, le comité a mis sur pied un programme de formation pour les chauffeurs de taxi pour les sensibiliser à la sécurité des femmes dans les espaces publics, leur donner les moyens d'agir lors d'incidents qui concernent la sécurité des femmes et les informer sur les ressources disponibles en cas d'agression ou autres difficultés : «SécuriTaxi» , permettant aux femmes de faire appel à des chauffeurs accrédités.

Le comité a aussi mis sur pied un programme de formation pour les surveillantEs des parcs publics, avec des objectifs analogues à ceux du programme destinés aux chauffeurs de taxi. Le programme pourrait s'étendre au personnel de surveillance des piscines.


Les origines du projet

Depuis la fin des années 1980, le sentiment d'insécurité ressenti par les femmes dans les espaces publics des villes québécoises et canadiennes est un enjeu d'actualité. Cette question s'inscrit dans la recherche de solutions pour contrer la violence faite aux femmes.

Les différents constats sur l'insécurité des femmes vivant en milieu urbain et le désir de solutionner ce problème ont donné naissance, au printemps 1992 à Montréal, à la conférence «J'accuse la peur». La conférence a donné lieu à l'élaboration de recommandations et de solutions concrètes pour tendre à éliminer le sentiment d'insécurité des femmes.


«Aux portes des cités sûres»

Dans la foulée de cet événement, le Regroupement des Centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) et le Regroupement des Centres de femmes du Québec ont élaboré un projet visant à étendre l'accès de la sécurité aux femmes vivant en milieu urbain. Ce fut le coup d'envoi du premier programme du Développement québécois de la sécurité des femmes en milieu urbain, «Aux portes des cités sûres» . Douze villes du Québec, dont Rimouski, y participent.

«Aux portes des cités sûres» , c'est une façon pour tous ceux et celles qui se sentent concernéEs par cette question de participer au changement proposé : tenir compte du sentiment d'insécurité des femmes comme indicateur de développement urbain.

À Rimouski, un comité organisateur formé de représentantEs de la municipalité, d'intervenantes de groupes de femmes et d'organismes communautaires ont mis en place un événement majeur afin de sensibiliser les personnes porteuses de changement au sentiment d'insécurité que vivent les femmes dans leur municipalité et de viser à l'élaboration de mesures concrètes et continues.

Après le projet «Aux portes des cités sûres» , le conseil municipal de la ville de Rimouski a reconnu officiellement en 1994 le comité permanent de la sécurité des femmes en milieu urbain en y désignant une élue ainsi qu'un fonctionnaire à titre de représentant de la ville. Se sont jointEs au comité, des représentantEs de l'UQAR et du Cégep de Rimouski.


Marche exploratoire

Tout d'abord, les résultats d'un sondage effectué en 1989 ont montré que, malgré l'apparence paisible de la ville et malgré l'esprit communautaire qui règne, le problème de sécurité est loin d'être résolu à Rimouski. Très peu de femmes rapportent les agressions dont elles sont victimes : 13,8 % des victimes interrogées ont rapporté l'agression à la police et seulement 11,3 % ont porté plainte. La majorité des femmes avouent avoir très peur de sortir le soir, au point de s'abstenir parfois de participer à des activités qui pourraient les intéresser.

À l'automne 1997, lors de la Journée d'action contre la violence faite aux femmes, le CALACS de Rimouski a tenu une marche exploratoire dans certaines rues de la ville permettant l'identification des rues, des parcs et des stationnements jugés dangereux. Des recommandations ont été remises au conseil municipal pour l'amélioration de ces endroits. Des changements ont été effectués : éclairage plus adéquat, des arbustes ont été coupés, etc.


SécuriTaxi

À partir de 1998, le comité de la sécurité des femmes a tenté une approche auprès des chauffeurs de taxi, puisqu'ils sont sur la rue à toute heure du jour et de la nuit et sont souvent témoins de situations difficiles. Grâce à une subvention reçue de la Régie Régionale de la santé et des services sociaux six chauffeurs de taxi ont suivi une formation ayant pour objectifs:

1) les sensibiliser à la question de la sécurité des femmes sur la rue et les espaces publics;

2) leur donner des moyens d'évaluer la situation et d'agir lors d'incidents qui impliquent la sécurité des femmes;

3) les informer sur les ressources disponibles pour les femmes qui ont été agressées ou qui sont en difficulté.

Une conférence de presse a été tenue afin d'informer la population sur le projet «SécuriTaxi» et d'encourager les femmes qui doivent se déplacer à demander un chauffeur accrédité. Des cartes d'affaires ont été distribuées dans divers endroits stratégiques de la ville afin de publiciser ce service.


Formation des surveillant(E)s de parcs

Une ville comme Rimouski dispose de grandes étendues, et c'est là un avantage que plusieurs lui envient. De beaux parcs sont aménagés pour la ballade ou la pratique de sports. Cependant, plusieurs agressions ont eu lieu dans ces immenses espaces aménagés. Les utilisatrices sont conscientes de l'aspect non sécuritaire des lieux. Les femmes s'interdisent de fréquenter les parcs et se limitent aux abords des sites.

En collaboration avec la ville, une intervenante du comité de la sécurité des femmes offrait une formation à onze surveillantEs des parcs leur permettant d'acquérir une compréhension de la problématique. Le but principal que nous poursuivons est d'augmenter le sentiment de sécurité des femmes dans les parcs publics de Rimouski et de favoriser la collaboration entre les acteurs / actrices concernés par la sécurité.

La formation vise les objectifs suivants :

1) sensibiliser les surveillants et les surveillantes à la question de la sécurité des femmes dans les parcs publics ;

2) acquérir une compréhension de la problématique des agressions sexuelles et des différents types d'agresseurs ;

3) donner aux surveillants et aux surveillantes des moyens d'évaluer la situation et d'agir lors d'incidents qui impliquent les femmes ;

4) informer les participants et les participantes des ressources disponibles qui peuvent venir en aide à des femmes en difficulté ;

5) développer une collaboration avec les partenaires concernés par la sécurité des femmes (chauffeurs de taxi, sûreté municipale).

Les surveillants et les surveillantes ont manifesté un grand intérêt pour cette rencontre et ont suggéré qu'elle se renouvelle à tous les deux ans (chaque groupe est engagé pour deux étés successifs).

Compte tenu de l'utilité de cette session de formation et de l'intérêt manifesté, les membres du comité ont adressé une lettre à la Ville de Rimouski afin de solliciter une contribution financière pour dispenser une autre session de formation à l'été 2002. Le Service des loisirs et de la culture a accepté de subventionner une partie de la formation et suggère de l'offrir également au personnel de surveillance des piscines.

Nous réalisons l'importance de la collaboration avec nos partenaires afin d'accroître la sécurité et le sentiment de sécurité des femmes. Et notre mission continue dans le milieu rimouskois.

 

 

Programme du jour 1 pm

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Dernière mise à jour : 28 novembre 2003