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Faire passer le message : le rôle
des médias
Amélie Baillargeon
Directrice de la Coalition pour le contrôle
des armes, Montréal, Québec, Canada
Résumé
La Coalition pour le contrôle des armes
regroupe 350 organismes de domaines, de régions et d'expertises
variées: police, groupes de femmes, municipalités,
syndicats, par exemple. Elle vise notamment à la mise
en uvre efficace de lois, leur défense face aux
attaques du lobby des armes, la recherche et l'éducation,
et la réduction de l'importation illégale des
armes.
Pour atteindre ses objectifs, la Coalition
fait appel aux médias. Elle doit donc se donner des moyens
pour faire passer le message efficacement. La présentation
de l'information (clarté, ton et simplicité du
discours) et sa disponibilité au moment optimal sont
primordiaux, d'où la nécessité d'avoir
sous la main l'information pertinente, des porte-parole prêts
à réagir et des contacts auprès des médias.
Certaines stratégies favorisent le
cheminement vers des manchettes : 1) l'envoi d'un communiqué
de presse respectant l'équilibre entre les différents
porte-parole, les différentes régions, les langues,
etc. ; 2) l'envoi coordonné, par plusieurs organismes
membres, de plusieurs communiqués de presse à
différents intervalles ; 3) l'envoi de l'information
à une sélection de journalistes ; 4) des conférences
de presse et des "briefings". Il y a lieu de bien
identifier les cibles, de déterminer l'étendue
de l'action projetée, d'entretenir les relations les
plus appropriées, sans négliger les contraintes
du partenariat (essoufflement, dissémination de l'information,
homogénéité du propos, etc.).
Il est finalement recommandé de mettre
l'accent sur la mise à jour des contacts journalistiques
et de rendre disponibles sur Internet des données à jour sur la sécurité
des femmes, particulièrement à l'intention des
journalistes.
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La Coalition
pour le contrôle des armes
La Coalition pour le contrôle des armes est
un organisme national qui a été fondé à
la suite de la tragédie de l'École polytechnique, le
6 décembre 1989, alors que 14 jeunes femmes ont été
abattues. La tragédie a agi comme élément catalyseur
vers un meilleur contrôle des armes au pays. La Coalition est
formée de 350 organismes membres, de plusieurs domaines (policiers,
victimes, groupes de femmes, municipalités, syndicats, spécialistes
en santé publique, etc.). Son objectif est de réduire
les décès, les blessures et les crimes par armes à
feu. Elle a contribué à l'adoption en 1991 de deux lois
fédérales, la Loi C-17 - un premier pas dans la bonne
direction - et la Loi sur les armes à
feu de 1995. Les éléments essentiels de la position
de la Coalition ont donc été adoptés, mais nous
travaillons actuellement sur la mise en uvre efficace de la
nouvelle loi, sur la recherche et l'éducation, sur des mesures
pour réduire l'importation illégale des armes, ainsi
que sur la protection de la Loi contre les attaques du lobby des armes.
Une des caractéristiques de la Coalition est
la grande diversité de ses membres, tant au plan de l'expertise
que des réalités régionales et linguistiques.
Bien souvent, tout ce qui réunit ses membres est la cause
. Bien que cette diversité soulève de nombreux défis,
elle est à la base de nos stratégies de communication.
Depuis la création de la Coalition, nous utilisons la stratégie
"un message, plusieurs voix". Ainsi, nous faisons passer
un message sur le dossier ou sur la réalité régionale,
par l'entremise de gens qui se connaissent et nous donnons ainsi plus
d'un visage à la cause.
Un aspect clé de la Coalition est sa position
bien définie qui agit comme repère lors de nos allocutions,
particulièrement dans les médias.
Persistance des mythes et préjugés / stéréotypes
sexuels
Dès les débuts, la présidente
et la directrice de la Coalition se sont heurtées à
l'idée qu'un expert en contrôle des armes était
quelqu'un qui utilisait des armes à feu. Lors des audiences
publiques du Comité spécial de la Loi C-80 en 1990-1991,
sept des neuf membres du comité étaient propriétaires
d'armes et le député libéral Robert Nault s'était
objecté à la participation de la critique de la condition
féminine, Dawn Black du NPD, " parce qu'elle ne connaît
rien aux armes ". Nous avons fait bien du chemin pour conscientiser
la population afin qu'elle considère que le contrôle
des armes est en fait une question de sécurité publique.
Néanmoins, le point de vue d'une intervenante
qui voit les conséquences de la mauvaise utilisation des armes
est souvent mis de côté par les journalistes qui préfèrent
celui d'un " expert " en armes à feu, par exemple
un policier. De plus, encore trop souvent, on remarque une caractérisation
des femmes qui travaillent pour le contrôle des armes comme
étant anti-armes à feu, anti-hommes, etc.
Évolution du dossier
L'opinion publique ne suffit malheureusement pas
à transformer un dossier en une réalité. Les
médias peuvent aider à former et à refléter
cette réalité. La publicité médiatique
a aidé considérablement à légitimer notre
position, particulièrement auprès des membres du Parlement,
qui tendent à voir la représentation médiatique
comme un reflet de l'opinion des citoyens. En effet, à plusieurs
reprises, j'ai reçu de députés des communications
qui citaient des articles de journaux.
Qu'est-ce qui fait la "une"?
Nous nous sommes rendu compte avec le temps que les
faits ont une importance mineure par comparaison avec la façon
dont ils sont présentés. Beaucoup de publicité
est donnée aux incidents. Il s'agit à l'occasion d'un
bon moyen pour attirer l'attention des médias. Il est alors
nécessaire de réagir rapidement aux événements
en ayant :
1) de l'information pertinente prête et disponible
(site Internet, etc.) qui présente les faits;
2) des porte-parole bien informés prêts à réagir
;
3) des listes de médias à jour ou de journalistes-contacts.
Le "timing" et la présentation sont
primordiaux. Par présentation, je fais référence
aux éléments du marketing, c'est-à-dire le ton,
la clarté du discours, la simplicité, la mise en page,
etc. On se doit de partir avec la prémisse que les journalistes
ne connaissent rien de notre dossier; il faut donc leur fournir toute
l'information pour faire le tour de la question en un seul document
clair, concis et de lecture rapide. La même prémisse
est valide pour les porte-parole. La réalité du partenariat
est que les porte-parole ne sont pas toujours au courant des récents
développements et doivent se familiariser avec le dossier rapidement.
Encore une fois, la stratégie de la Coalition
pour répondre aux demandes des journalistes est de s'adapter
au contexte. Par exemple, à la suite d'un drame familial, nous
donnerons la parole à un groupe de femmes, alors qu'à
la suite d'un incident de trafic illicite des armes à feu,
un policier agira comme porte-parole.
Nous préconisons aussi l'approche rationnelle
dans nos sorties médiatiques. Alors que l'émotivité
peut faire la manchette, elle peut aussi diminuer l'efficacité
de notre message. Bien souvent pouvoir rire d'une situation est plus
efficace que de se montrer furieuse.
Définir un contexte et faire les manchettes
Pour définir un contexte et faire les manchettes,
on peut utiliser les moyens suivants :
1) envoyer un communiqué de presse de la Coalition
en respectant l'équilibre entre les différents porte-parole
(groupes de femmes, corps policiers, santé publique, victimes,
etc), et les diversités régionales et linguistiques
;
2) coordonner une stratégie où plusieurs organismes
membres envoient des communiqués de presse à différents
intervalles pour créer un contexte;
3) envoyer de l'information à certains journalistes ("
pour votre information contactez-nous si vous aimeriez en discuter
davantage ") ;
4) donner des conférences de presse et des "briefings".
Si nous n'attirons pas l'attention des médias
à premier abord, il reste la possibilité de rectifier
les faits à plus long terme, généralement par
le biais de lettres à l'éditeur ou en convainquant des
journalistes de reprendre le dossier. La Coalition excelle à
recycler et réutiliser la même information jusqu'à
ce qu'elle soit publiée.
Une leçon bien apprise est que les dossiers
ne sont jamais clos et qu'ils reviennent fréquemment. Ainsi,
tout le travail de préparation de données de fond et
de sensibilisation contribue à une action rapide lorsqu'un
dossier refait la manchette.
L'infrastructure médiatique pose des
défis et la comprendre aide à éviter les déceptions.
Nous avons réalisé que les monopoles médiatiques
affectent la façon dont les faits sont rapportés au
pays. Par exemple, nous pouvons rarement espérer une bonne
couverture médiatique des journaux dits "de droite".
Nous avons aussi remarqué qu'il existe un certain désintéressement
des journalistes à notre cause qui est maintenant vue, après
12 ans, comme un done deal.
Finalement, les journalistes reçoivent beaucoup de communiqués
de presse et la compétition est forte quand il s'agit d'attirer
leur attention.
L'enjeu du partenariat : exceller dans l'art du possible
À la base, les termes de l'engagement du partenariat
requièrent des buts clairs et précis et des directions
stratégiques bien définies (longue/courte échéance).
Le partenariat, particulièrement lors de sorties
médiatiques, pose ses propres défis :
1) L'essoufflement et la motivation des personnes qui nous soutiennent.
Chez les partenaires (par exemple les municipalités et les
groupes de femmes), l'essoufflement peut s'expliquer ainsi :
- ils ont travaillé à la cause
depuis 12 ans ;
- le contrôle des armes est un dossier parmi
d'autres dans leurs tâches;
- il y a beaucoup de mouvement de personnel (par
exemple les retraites).
Cet essoufflement se fait aussi sentir dans la population.
Si je m'adressais à une salle remplie de propriétaires
d'armes et leur demandais combien d'entre eux ont déjà
écrit des lettres à l'éditeur reliées
à la Loi sur les armes à
feu , presque toutes les mains seraient levées. Pourtant,
il s'agit d'un groupe minoritaire, mais sonore. Mobiliser Monsieur
et Madame tout le monde à répondre dans les médias
aux contestations des adversaires est beaucoup plus difficile. Les
gens croient à la cause mais ne prennent pas le temps de répondre
et de réagir.
2) La dissémination de l'information aux partenaires
est un défi constant. Le courriel rend la chose plus facile,
mais il est difficile de mettre à jour tous les partenaires
sur les dossiers qui les concernent.
3) L'homogénéité du propos :
même si on tient à ce qu'il y ait une diversité
d'opinions et de façons de voir les choses parmi les partenaires,
nous devons nous assurer qu'ils ne se contredisent pas entre eux,
particulièrement dans les médias.
4) La procédure de prise de décision requiert une structure
afin que les stratégies de communications soient claires et
basées sur les faits. L'année dernière, par exemple,
nous avons eu des amendements législatifs. Aucun partenaire
n'était intéressé à lire le texte législatif
de 130 pages. Il est donc important d'avoir des gens désignés
à l'élaboration de la position et que ces derniers aient
la confiance des partenaires.
Recommandations
Pour atteindre ses objectifs, la Coalition se doit
de prendre en considération les points suivants :
1) segmenter le marché :
- Connaître les points chauds chez les partenaires,
les journalistes, le public et les gouvernements.
- Prendre en considération les valeurs de
tous.
- Prendre le temps de noter l'information (par exemple
: qui fait quoi ?);
2) définir la limite entre l'étendue
de l'action et la perte de contrôle ;
3) se souvenir que les tactiques aident, mais que les relations sont
les clés de la réussite ;
4) analyser le point de vue des " adversaires ": le mieux
on les comprend, le mieux on peut prévoir leurs stratégies
;
5) s'allier à des alliés moins naturels, comme les chasseurs,
les tireurs de cibles et les journalistes sportifs.
Afin de faciliter le travail de la Coalition, j'aimerais
voir le développement de deux outils :
1) des listes de contacts médiatiques mises
à jour périodiquement et disponibles pour faciliter
la tâche des organismes travaillant à améliorer
la sécurité et le sentiment de sécurité
des femmes;
2) un site Web de données à jour sur
la sécurité des femmes, disponibles pour consultations
en tout temps par les journalistes. Il serait nécessaire que
ces derniers soient sensibilisés à son existence.
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